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24 mai 2022

Portraits Télécom SudParis - Portrait de Daphné TUNCER (TSP 2009), Chercheuse à l’Ecole des Ponts ParisTech

Quel souvenir gardez-vous de vos années de TSP ?

Je garde un bon souvenir de notre formation qui offre une très bonne base généraliste sur les outils numériques. Un point amusant (et véridique) est que je me suis inspirée de certains de nos cours quand j’ai dû mettre en place mes propres cours dans le domaine des réseaux. D’un point de vue plus général, je me souviens d’une très bonne ambiance et d’une école où j’ai pu lier de belles amitiés qui demeurent encore aujourd’hui.

 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours académique ?

J’ai orienté mon cursus en 3ème année dans la spécialisation réseaux IP et services applicatifs. Je n’avais pas spécialement le profil type pour rejoindre cette spécialisation car je voulais faire de la recherche ; la plupart de mes camarades ont rejoint le secteur du conseil. Le choix de ma spécialisation m’a tout de même permis de postuler dans un programme doctoral et de faire de la recherche dans ce domaine.

Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai rejoint le « Electronic and Electrical Engineering Department » de l’University College London (UCL) en tant que chercheuse doctorante. Je n’avais pas effectué d’échange international pendant mon cursus à TSP et j’avais envie d’effectuer mon doctorat ou PhD à l’étranger, notamment dans un pays anglophone. J’ai eu la chance d’intégrer l’UCL, une des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni et à la réputation mondiale, ce qui m’a permis d’avoir les moyens et les ressources nécessaires pour mener à bien mon projet de thèse, ainsi que de m’entourer d’un réseau international de collaborateurs.

Suite à ma thèse, je suis restée à Londres. J’ai d’abord travaillé quelques années en tant que chercheuse postdoctorante dans mon labo. Puis j’ai pris mon indépendance en rejoignant le « Computing Department » à l’Imperial College London, qui est l’autre université scientifique réputée de Londres et  où  j’ai obtenu un financement indépendant qui m’a permis de mettre en place mon propre projet de recherche et commencer à diriger ma propre équipe.

Aujourd’hui je suis de retour en France après 12 ans à Londres.

 

Décrivez-nous votre poste actuel.

Je suis rentrée en France mi-novembre 2021 pour débuter un nouveau chapitre de ma vie. Cependant, je souhaitais poursuivre ma carrière académique ; j’ai donc rejoint l’Ecole des Ponts ParisTech au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transports. Je travaille sur les problématiques de la science de la donnée appliquée au service de mobilité des biens et des personnes.

Pour vous donner un peu de contexte, mes projets de recherche sont dans le domaine informatique mais ces dernières années, j’ai développé un programme de recherche avec un collègue de l’Imperial College sur les services de mobilité électrique. Nos travaux portent en particulier sur les réseaux de bornes de charge publique et  leur déploiement. Notre objectif était d’étudier comment la donnée peut être utilisée pour guider ce déploiement. Dans mon poste actuel, j’ai élargi ces questions à la mobilité connectée et automatisée. 

Depuis mars 2020, nous n’avions pas de retour sur le campus à Londres, donc c’était long. Mais ça a été intéressant à plusieurs égards. Tout d’abord au niveau de l’enseignement, il a fallu tout passer en ligne ; et donc adapter les supports, préparer en amont des exercices qui puissent facilement être dispensés à distance, etc. Quand il s’agit d’assister à des présentations, le format en ligne n’est pas trop contraignant, je trouve, mais celui-ci n’est pas très adapté à la partie networking, qui se fait beaucoup plus difficilement. A l’avenir, il y aura surement des formats hybrides car la partie en ligne peut aussi avoir ses avantages.

 

Quelle est votre journée type ?

Je n’ai pas de journée type ! J’ai plutôt des périodes types avec des semaines d’enseignement, des périodes d’encadrement de projets, des moments où on répond aux appels à projet, des périodes où on se concentre sur la recherche de financement, ou des moments où on doit régler des contraintes administratives. C’est ça qui est intéressant. En même temps, ça peut aussi être challengeant car il faut savoir jongler rapidement et souvent entre des tâches très variées.

 

D’où vient cette vocation à travailler dans le domaine de la recherche ?

La recherche m’attirait depuis longtemps. Je constate souvent que malheureusement, le travail de chercheur n’est pas très connu des étudiants. Personnellement, j’y ai été exposée assez tôt car nous avons plusieurs chercheurs dans la famille. Je crois que ce que j’aime beaucoup dans mon travail de chercheuse est l’indépendance que j’ai de pouvoir mettre en place mes propres projets et de travailler sur les sujets qui m’intéressent, tout en pouvant collaborer au jour le jour avec des collègues partout dans le monde.  

 

Pourquoi ne décidez-vous pas de travailler dans le domaine privé ?

Si on entend par domaine privé, recherche en entreprise, je ne pense pas que celle-ci corresponde à mes attentes que ce soit en termes de projets ou du type de recherche menée.

Faire de la recherche dans la sphère académique permet d’explorer des pistes dont les débouchées ne sont pas nécessairement immédiates. Ça permet en particulier de se poser en tant que chercheur des questions de fond. Il est tout à fait possible de faire de la recherche en informatique en entreprise, je pense néanmoins qu’il est bon de se demander si l’environnement dans lequel on travaille répond bien à nos attentes personnelles.

 

Quels sont les principaux enjeux en matière de recherche dans votre domaine de spécialité  les réseaux informatiques et de communication ?

Ma recherche a un impact direct dans le développement d’outils numériques. Depuis la fin de mes études à TSP, ceux-ci ont pris une place encore plus centrale dans nos vies. Je pense qu’on ne peut plus, en tant que chercheur, uniquement s’intéresser à l’aspect technique de ces outils. Il est plus que temps d’intégrer leur puissance sociale directement au cœur des processus de développement. Je crois que les enjeux de mon domaine de recherche sont dans la convergence des disciplines, dans une approche qui permet de positionner les outils numériques en fonction de nous et de notre environnement, et non le contraire. Je pense qu’il est essentiel pour nous, chercheurs en informatique, d’œuvrer à partager nos connaissances avec le plus grand nombre, que ce soit sous la forme d’évènement de vulgarisation et de sensibilisation à nos travaux et (surtout) à leurs impacts, de projets open source, etc.

 

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant TSP ? 

Un conseil que je donne souvent à mes étudiants est de ne pas hésiter à faire ce dont on a envie, peu importe ce que l’on vous recommande. Si c’est un projet professionnel qui vous tient à cœur et que vous avez envie d’essayer, n’hésitez pas à mettre en œuvre les moyens  pour le réaliser et vous lancer. D’autant plus que lorsque l’on est tout juste diplômé, on est encore très jeune. C’est donc le moment de tenter et de se donner la chance d’essayer.

 

Interview réalisée par Kelly Zhang (étudiante IMT-BS)



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