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18 juin 2021

Portraits Télécom SudParis - Portrait de Sylvain Waserman (TSP 1991), député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale

Juliette Ould (TSP, étudiante en deuxième année) à la rencontre de Sylvain Waserman (TSP 1991), député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale

1. Présentez-nous votre parcours

À la suite de mes études à Télécom SudParis et en parallèle de l’armée, j’ai fait un DESS à l’institut d’administration des entreprises.  En 1993, je débutais dans le secteur des télécoms et j’y suis resté dix ans. Lorsque Neuf Télécom a racheté Cegetel, j’ai décidé de passer le concours de l’ENA, ce que je désirais faire depuis longtemps. Après deux belles années, j’ai choisi le Quai d’Orsay, au ministère des Affaires étrangères. Cependant, je n’ai pas intégré immédiatement ce ministère, car j'ai été élu maire durant mes études. J’avais déménagé en Alsace, région que j’apprécie beaucoup et je m’étais engagé dans ce mandat de maire de village.

En 2009, j’ai intégré le monde de l’énergie où je suis resté 8 ans à la direction de RGDS, un opérateur de réseau de gaz que j’ai diversifié dans le domaine du développement durable, du réseau de chaleur et du biométhane. Cette transformation d’entreprise importante a permis de promouvoir des modèles locaux d'énergie.

En 2017, Emmanuel Macron s’est présenté avec un modèle politique auquel je crois. J'ai quitté mon poste de directeur général afin de me présenter en tant que député.

2. Actuellement, vous êtes député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale. Pouvez-vous nous expliquer vos fonctions et quel est votre quotidien ?

Je suis chargé de la délégation traitant de sujets autour des représentants d’intérêts et du statut des députés. Récemment, j’ai produit un rapport sur ces thématiques et j’ai pris des mesures telles que l’alignement des retraites et du chômage des députés sur le régime général, l’obligation des notes de frais et d’un expert-comptable. J’ai pu amener cette thématique notamment grâce à mon expérience dans le monde économique.

Tous les mardis, je vais à Paris en vue d’organiser les travaux de la semaine de l’Assemblée nationale. Je siège également à de multiples reprises au perchoir, qui sont les moments où le président Richard Ferrand ou un des six vice-présidents préside aux travaux de l’Assemblée. Présider consiste à faire vivre le débat démocratique avec un panel de personnes qui siège ainsi que des visions du monde qui s’affrontent, permettant l’aboutissement d’une loi. 

Je tiens à dire que c’est la plus belle et dure des missions que j’ai eues parce que nous nous exposons personnellement, notamment via les réseaux sociaux.

Avec notre équipe, nous travaillons également sur des dossiers, je viens de produire un rapport sur les représentants d’intérêt. J’en ai également produit pour la Commission des Affaires étrangères et sur l’avenir de la zone euro. En ce moment, je m’occupe d’un sujet démocratique important en rapport avec les lanceurs d’alerte. En ce qui concerne le Conseil de l’Europe, j’ai été l’auteur du rapport sur le sujet de la transposition française des directives européennes.

Je travaille aussi sur le sujet des franco-allemands, j’ai soutenu la proposition de création d’une Assemblée parlementaire franco-allemande. Édouard Philippe m’avait demandé un rapport relatif aux transfrontaliers dans le traité d’amitié franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. Il y a notamment un projet de loi appelée celle des 4D qui arrive et je m’occupe du volet dédié aux transfrontaliers.

Je tiens à rendre hommage à toutes les femmes et les hommes qui sont à l’Assemblée, qui ont dû faire leur campagne, prendre des risques et s’exposer, c’est un cheminement personnel quel que soit le parcours. Il faut avoir une réelle envie de se remonter les manches.

3. Aviez-vous déjà envisagé de travailler dans la fonction publique ou est-ce une vocation qui vous est venue au fil des expériences ?

Je rêvais d’être député depuis de nombreuses années, c’est un projet que je mûrissais de longue date. Pour l’anecdote, en rangeant des cartons que j’avais depuis l’époque de Télécom SudParis, j’avais retrouvé un dossier que j’avais imprimé, sur les conditions d’inscription au troisième concours de l'ENA après 10 ans d’expérience. Pendant ce temps, j'étais directeur général d’une filiale de Suez qui s’appelait Linéo. J’y suis resté quelques mois avant d’intégrer l’ENA.

4. Comment vos études d’ingénieur vous ont aidé à gérer les différents virages qu’a pu prendre votre carrière au fil des années ?

La classe préparatoire et la formation d’ingénieur m’ont énormément servi. L’esprit analytique inculqué représente un véritable atout. En général, malgré toutes leurs valeurs et leurs qualités, les énarques rencontrent des difficultés concernant les mathématiques. La dimension rationnelle de la démarche scientifique est quelque chose d’indispensable et que j’ai pu constater dans toutes les fonctions que j’ai occupées. J’ai beaucoup appris en termes de méthode de travail, de raisonnement ainsi qu’en rigueur. L’ensemble de ces éléments m’a beaucoup apporté et je suis persuadé que j’en avais besoin.

Je tiens à distinguer la classe préparatoire et l’école d’ingénieur. D’une part, la classe préparatoire consistait à travailler, pendant deux ans et de manière acharnée. J’ai trouvé l’expérience particulièrement formatrice. D’autre part, durant mon temps à l’école, la pédagogie était axée davantage sur les nombreux projets de travail en équipe très intéressants et… beaucoup d'associatif dans mon cas. Je me souviens de cette année à la présidence du BDE, qui a été exceptionnelle, car vous y apprenez le management d’équipe, la façon dont votre engagement est indispensable dans le but de montrer l’exemple, pour qu’on vous suive ; cette envie de bien faire ou d’inventer de nouvelles choses. Cette expérience m’a permis de m’engager et de faire face à des problèmes comme le manque de logements pour les étudiants. Ce fut un apprentissage passionnant de la vie collective.

5. Au sein de Télécom SudParis, quelle formation avez-vous suivie ? Avez-vous pris part à des clubs et associations de l’école pendant votre scolarité ?

J’avais choisi une filière informatique pilotée par Madame Becker. En parallèle, j’ai suivi le cursus DEA à l’université Pierre et Marie Curie. Il m’a été proposé de continuer en thèse, mais j’ai préféré faire un MBA. Je n’étais pas parmi les plus doués en informatique. Néanmoins, je trouvais le domaine intéressant et j'ai été très heureux de cette formation.

J’ai le souvenir de m’être présenté au bureau des élèves durant ma première année à l’école. Avec ma liste, nous avons été battus. C’était dur d’être battu à une élection. En rentrant dans ma chambre, j’ai réfléchi à deux possibilités. Je me disais que soit je m’engageais véritablement et j’essayais de briguer la présidence l’année suivante, soit je renonçais et je ne me présentais plus à une élection de ma vie ! Finalement, je me suis raisonné en me disant que j’allais tenter une nouvelle fois. Entre-temps, avec plusieurs amis, nous avions créé un club qui s’appelait le « club promo ». Il consistait à promouvoir Télécom SudParis en démarchant les classes préparatoires. L’année suivante, j’ai eu la chance d’être élu président du bureau des élèves, qui représente, à mon avis, une expérience magnifique.

J’ai également le souvenir du programme « étudiants télécom ». Il s’agissait des accords de partenariat d’école et d’université, entre la France et la Pologne. Cet échange Erasmus avant l’heure, entre étudiants européens, était très enrichissant.

6. Considérez-vous que ces expériences ont marqué vos débuts dans l’engagement ?

Oui, j’ai été ensuite très impliqué dans le domaine du service civique. J’étais co-président d’une grande association qui vise à encadrer des jeunes en service civique, appelée Unis-Cité. L’école s’est révélée être un cadre extraordinaire. Vous avez vos obligations académiques tout en disposant d’un cadre exceptionnel pour s’impliquer, ce qui devient plus difficile dans le monde du travail, en début de carrière, lorsque nous avons moins de temps. Au sein de Télécom SudParis, j’ai passé de très bons moments. J’y ai appris l’engagement, le collectif, le travail d’équipe, la puissance de mener des projets innovants comme pour le club promotion. Il s’agissait de ma première expérience du travail. Je garde un excellent souvenir de cette école de formation.

7. Vous avez un attachement particulier envers le monde associatif. Pouvez-vous nous en dire davantage ? Qu’avez-vous souhaité apporter dans ce secteur ?

Selon moi, Unis-Cité a représenté sept ans de ma vie en tant que bénévole, d’abord en Alsace, puis à Paris. Entre 2012 et 2015, j’ai occupé la coprésidence au niveau national. Ensuite, en tant que maire de village, il est important de constater que la fonction est liée aux engagements associatifs locaux. À la suite de la première résolution prise par l’Assemblée nationale, en début de mandature et qui visait au soutien et à l'affirmation de l’engagement associatif, la première loi que j’ai portée concernait celle sur l’engagement associatif afin de diminuer le risque juridique des présidents bénévoles d’association. En effet, quand j’étais coprésident d’Unis-Cité, le risque juridique que je prenais était plus important que dans une entreprise de 300 personnes que je pilotais à la direction générale de Réseaux Gaz de Strasbourg.

8. Auriez-vous un conseil à destination des étudiants intéressés par votre parcours ?

J’ai toujours été passionné de politique. L’engagement politique s’inscrit dans la même veine que celui de l’associatif. C’est l’envie d’apporter quelque chose qui dépasse son intérêt immédiat. Il faut profiter de ces années d’études qui construisent, écouter ses envies et prendre son destin en main. De nombreuses opportunités existent au sein de l’école. Devenir député était mon rêve, mais je ne me voyais pas m’engager en politique dès le début de ma carrière. En synthèse, il faut savoir être patient tout en étant capable de faire des choix et y aller à fond.

9. Pouvez-vous nous raconter une anecdote sur vos études à Télécom SudParis ?

J’ai de nombreux bons souvenirs de Télécom SudParis. J’ai gardé de très bons amis de l’époque, nous restons tous très proches. Pour l’anecdote, il y avait un concours organisé par le journal Le Monde, appelé la bourse au stage, qui permettait aux étudiants en première année de trouver des stages en Europe. Il fallait remplir un dossier, passer une journée d’entretiens devant des recruteurs dans le but de décrocher des stages. C’est durant le jour de l’oral que j’ai rencontré celle qui deviendra ma future épouse.

10. Durant cette interview, le terme d’engagement est revenu à plusieurs reprises. Pouvons-nous dire que c’est ce qui vous guide au quotidien ?

Oui, je suis intervenu à de nombreuses reprises sur la thématique de l’engagement avec des personnes comme Charles Benoît Heidseick, responsable de la structure intitulée RAMEAU. Il s’agit d’un laboratoire de recherche, au service du bien commun dont la thématique de l’engagement et des partenariats pour l’intérêt collectif. Je suis intervenu sur le sujet à l'École de Paris de management. J’ai l’intime conviction que l’engagement citoyen changera le monde. L’énergie associative, l’engagement de la jeunesse dans le service civique et la volonté de faire des choses en dehors de notre intérêt immédiat, permettra de résoudre les interrogations perpétuelles de la société en ce qui concerne l’avenir et le modèle démocratique. 

 

 



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